LJUBLJANA

Ljubljana plante les « j » de son nom comme des crochets qui l’arriment aux prairies orientales lointaines. Pourtant avec ses paisibles rues pavées, ses façades douces et baroques et son château sur la colline, petit fortin qui maîtrise orgueilleusement le centre, la ville s’extirpe de sa laborieuse empreinte slave et steppique et se tourne plus aisément vers « Laibach », son nom germanique. Ljubljana s’arrache de ses anciennes congénères yougoslaves et règle ses conflits à coups de dîners diplomatiques endimanchés et de belles lettres, abandonnant la colère des canons et des fusils aux nouvelles capitales plus au sud de l’ex-République, possédées par leurs propagandes.

Un vif désir m’entraînait depuis longtemps vers  la capitale slovène, qui jusque dans son nom résonne comme un mystère. En 2002, j’y passais dans ses faubourgs, rapidement, en voiture. Je la visitais la première fois seulement 5 mois plus tôt, en décembre 2013 sans savoir que j’allais y retourner si vite. L’appel de « l’est » est irrésistible. Je marche le long de la Ljubljanica, paisible, aux vertus narcotiques du temps de la fureur yougoslave et entre les clochers courbes qui balisent le centre-ville. Mais à l’heure de l’émiettement national centre européen, les bourgeoises provinciales, ensommeillées, doivent se réveiller avec des airs de capitales.

Le voyageur solitaire trompe sa solitude dans l’observation et la rêverie. Les décors des rues et les habitudes tendent à s’homogénéiser d’une capitale à l’autre, il ne me reste plus que la rêverie alors je plonge mon regard dans le moelleux et le velouté d’un chocolat chaud, plus consistant de ce côté-ci du rideau. Avant que toutes ces petites choses ne s’équilibrent, elles aussi, de part et d’autre. Francis Fukuyama avait sans doute en partie raison, si ce n’est pas la Fin de l’Histoire, c’est la fin d’une histoire. Je laisse mes pensées cacaotées plus attachées à la porcelaine qu’à mon esprit et longe le cours d’eau jusqu’à la place France Preseren (1800-1849), qui siège au milieu. A ses pieds, le poids de l’âme slovène s’abat sur mes épaules. Le poète appréhendait déjà l’avenir de sa nation qui ne passerait plus par les grands espaces, Empire absolutiste ou République ouvrière, mais par un recentrage national se déployant dans une économie qui se mondialise et dans les nouveaux réseaux de communications. Et la petite Slovénie, dans ce paysage, ne se débrouille pas si mal.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s