SPLIT – RIJEKA (Via ZADAR)

Je dis un dernier au revoir à Osib et à son chien, Tesla. Je laisse mon hôte à sa prévenante sagesse et son fidèle compagnon à son ésotérisme canin qui aurait certainement bien plu à Nikola. Serait-ce une nouvelle provocation faite aux Serbes que d’appeler son chien Tesla ? Dans ce cas, soit cela signifierait que les chiens croates valent bien le génie créatif de l’inventeur d’origine serbe le plus estimé, soit, ce serait une manière de mettre en exergue le nationalisme en indiquant l’influence croate sur Nikola Tesla, né à Smiljan en 1856, dans l’actuelle Croatie. Je ne prête pas ces intentions à Osib. Je crois qu’il l’a appelé ainsi, dépité de ne remarquer aucune forme d’expression intelligente sur le chiot. Le nom de l’ingénieur serbe n’étant qu’une aide précieuse pour supporter la stupidité canine dans les années à venir qui s’annoncent difficiles.

Le car taille la corniche qui du nord au sud balafre la Croatie. Le soleil montre sa face sombre aidé par ses alliés nuageux, préservant ses rayons pour les estivants qui devront prouver à leurs collègues qu’ils ont passé de meilleures vacances que les leurs. Je roule en équilibre sur le versant montagneux que la mer vient chercher. Morphologie géologique parfaite pour épandre chaque été une cohorte d’anonymes dévalant la montagne pour se laver les pieds dans l’Adriatique.

Je traverse les localités découvertes douze ans plus tôt, Trogir, Primosten, Šibenik, Vodice – où je mangeais les tomates les plus goûteuses, délestées de toutes rougeurs et de toutes rondeurs, à l’époque l’UE n’empêchait pas les petits paysans croates de travailler dans des conditions au cahier des charges impeccable -, Zadar, Karlobag, Crikvenica et je m’interroge sur l’intérêt du chemin personnel parcouru toutes ces années si c’est pour consumer au final la même route.

Pendant ces vacances j’identifiais la façon dont s’organisaient les couples bobo parisiens qui s’appropriaient la côte Dalmate. Ils imposaient à leurs congés une rigueur professionnelle sur l’exercice du temps pour pouvoir biffer les pages du guide du routard sur un rythme effréné. Je les entendais déjà, à leurs retours, satisfaits devant leurs amis « d’avoir fait la Croatie » avant que tout le monde ne s’y rue (nous sommes en 2002 et pourtant déjà les locations étaient pleines) et rassurant leurs hôtes sur la sécurité du pays, « pas comme on a pu l’entendre dans Envoyé spécial ». Je n’ai que faire des guides, du routard ou autres et je me demande où ces couples partent désormais en vacances. Honduras, Malawi, Tadjikistan ? « On a fait le Tadjikistan », c’est un peu poseur, mais ça fait de l’effet.

J’apprenais surtout durant cet été que les oursins ne se situaient pas exclusivement au fond de nos poches.

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