SPLIT (II)

Il est difficile de résister aux ruines dioclétiennes, alors dans ma remontée des Balkans vers la Slovénie, Split « la Romaine » est une halte très agréable. J’espère y retrouver l’hospitalité d’Osib qui m’avait accueilli trois mois plus tôt. Il me répond être trop occupé pour accueillir des voyageurs peu fortunés, mais je fais exception, tout heureux d’avoir prouvé mon adaptation croate. Les grincheux diront que toutes acclimatations sont aisées dans une Union européenne uniforme et sans saveurs de Rovaniemi à Cayenne. Mais tout de même les ruines romaines de Split ne sont pas celles gothiques de Rouen, ni celles des façades décrépies des immeubles « ceausestiens » de Iasi.

Cette fois-ci, chez Osib, pas de couple se déchirant qui se sépare sur les chemins. Le séjour est plus calme, et l’appel des casques bleus pour gérer la crise est inutile.

Sur la promenade du bord de mer, je marche tête baissée pour contempler la croissance de la nation croate. Les noms des médaillés olympiques du jeune pays s’inscrivent sur des plaques dorées dont le nombre n’est amené qu’à croitre et la Croatie par les métaux récoltés confondra fierté avec reconnaissance. Un Hollywood boulevard, mais plus athlétique. Un bon sportif – aussi méritant et admirable qu’il soit –  fait plus qu’un grand intellectuel.

Je me dirige ensuite vers le petit café, face au port, que j’occupais déjà au mois de février. La mer est d’émail, parfaite pour accueillir les paquebots, ces HLM flottants qui condamnent les lignes escarpées de la côte croate de notre vue. Il est quand même étrange de vouloir découvrir l’immensité du monde par l’étroitesse d’un hublot avec pour seul guide un G.O qui  par ses sourires intempestifs ponctués d’un « pas de souci, ça va être nickel »,  nous promet un séjour inoubliable. « Que du bonheur », nous rétorquent les intéressés en descendant du bateau. Alors on ne peut rien dire, le commerce s’adapte au relativisme.

Pendant quelques heures se déverse par milliers sur la ville, paires de tongs, shorts multicolores et appareils photos dont les objectifs de plus en plus grands chatouillent déjà la quiétude millénaire des monuments. La horde s’invite chez Dioclétien, qui ne pensait avoir convié à sa fête que ses amis les plus proches, mais la rumeur s’est ébruitée – soirée chez Dioclétien demain – et les convives occupent déjà toutes les pièces de la demeure. Entassés dans les ruelles étriquées, les murs de pierres du palais dioclétien sont polies par les croisements incessants des touristes qui s’y frottent. Le souffle centenaire des vents adriatiques n’y est pour rien.

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