SARAJEVO – MOSTAR

Il manque une dimension aventurière à ce voyage en sautant d’une ville à l’autre tout en restant assis sur les sièges d’un car ou sur les banquettes d’un train. Même le couple de retraités placé derrière moi me paraît plus aventureux. Il doit être originaire d’Australie ou de Nouvelle-Zélande, enfin de ces pays neufs où l’on voue un culte au corps et où les traits physiques du soixantenaire sont encore athlétiques. Eux pour qui le sport extrême n’est qu’un jogging dominical, j’imagine que cette balade dans les lacets bosniens est aussi tumultueuse qu’une retraite sur les gondoles vénitiennes. Je me rassure sur l’ampleur audacieuse de ma flânerie routière en repensant à Ivo Andric qui dans La chronique de Travnik faisait dire à Daville, le consul de Napoléon Ier à Travnik : « je crois qu’il n’y a pas d’autre pays en Europe, de nos jours, qui ait d’aussi mauvaises routes que la Bosnie…les gens d’ici n’aiment pas les routes, même dans leur voisinage ». Alors je m’accroche au siège devant moi, mais les jours de Daville sont ceux de 1807 et la Bosnie-Herzégovine n’est plus cette petite bourgade lointaine et arriérée. La Neretva ne se soucie pas de la situation du pays dans lequel elle s’écoule inéluctablement et creuse une vallée dans la Bosnie qui se déshabille de sa fourrure chlorophyllienne et exhibe sa roche dénudée. Je dévisage toujours ce fleuve avec fascination, dont la couleur émeraude le rend bien plus précieux qu’une pierre.

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