PLOVDIV

J’effacerai Plovdiv de la carte pour la garder secrète et antique et y inviterai seulement des archéologues pour la dévoiler lentement. Ils sont des villes qui méritent d’être plus connues sans qu’on veuille le dire.

Mais à Plovdiv je ne suis pas seul, toujours entouré d’Australiens. D’Australies. Celle du renouvellement grâce à ce couple unis dans la diversité (comme l’Union européenne !) par l’immigration récente, chilienne dans le cas présent. Messagère de visions plurielles et de finesse. Et dans l’autre chambre de mon gîte « plovdivien », je retrouve l’Australie pionnière coloniale. Finalement prisonnière de son île, condamnée à un horizon abandonné. Ce doit être un descendant direct de James Cook dans un voyage initiatique. Echoué sur les terres karstiques de la Thrace par les vagues du Pacifique qu’il n’a pas su dompté, planche de surf sous le bras. Il a bu la tasse lors de ses assauts océaniques. « Pure life, no stress », comme il me disait. Mais dans ce dessin dévalorisant, construit sur une vision embryonnaire, j’estimais sa bienveillance.

Dans la plaine de Thrace, encerclée par sept collines, plagiat romain sans intuition, Plovdiv est une séductrice. En se promenant dans les ruelles pavées de la vieille ville, au milieu des maisons ottomanes de couleurs douces aux encorbellements enchanteurs et des ruines antiques, une plaque inaugurée par François Mitterrand, nous indique la maison dans laquelle Alphonse de Lamartine séjourna durant son voyage en Orient. D’où il observe que les « Bulgares méprisent et haïssent les Turcs ». Dans sa frénésie d’existence et de légitimité, la Bulgarie, n’hésite pas à se servir en pièces détachées dans le magasin des identités nationales pour construire son propre mécanisme. On se réapproprie les héritages turcs et thraces, vieux de six mille ans pour assurer la prééminence bulgare.

Je quitte la vieille ville, je traverse la Maritsa, négligée, en empruntant un « ponte vecchio » qui n’a rien de florentin. Je m’engage dans les « blocs communistes », la tête tournée vers le haut. Voyager dans ces pays, c’est aussi une géographie des « immeubles », que l’on imagine à tort identique d’un pays à l’autre. Je m’aperçois que ces constructions datant d’une époque communiste sclérosée s’autorisent des coquetteries architecturales de démarcations nationales.

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Une réponse à “PLOVDIV

  1. Derrière chaque nouveau virage, une découverte également nouvelle, comme en montagne où le tournant du sentier nous dévoile un nouveau paysage. J’attends la suite avec gourmandise.

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